EXPEDITION SOUS 24H

 ENVOI SOIGNÉ

LIVRAISON OFFERTE À PARTIR DE 15€

PAIEMENTS SÉCURISÉS

Les plumes du Canard

Pierre Chatelain-Tailhade , dit Jérôme Gauthier, Clément Ledoux, la Doucette Clément, Valentine de Coin-Coin, Arsène Ex-Lupin, cousin Jérôme, René Ferrey, Ange Rétif

1904 - 1977

Sa participation au Volatile : 1931 à 1977

Valentine de coin-coin 

par Pol Ferjac

Dictionnaire Canard 64

Pierre Châtelain-Tailhade, signant sous plusieurs noms de plume dont « Valentine de Coin-Coin », « Clément Ledoux » ou « Jérôme Gauthier », est un journaliste français libertaire, né le à Vitry-sur-Seine et décédé le à Bruxelles.
En 1925, il est déclaré insoumis et se réfugie en Belgique. Il collabore à cette époque au journal pacifiste La Nature humaine, au journal satirique Le Merle Blanc, et au Rouge et Noir, journal belge pluraliste et indépendant dont la plupart des collaborateurs sont pacifistes. Il épouse en 1927 la fille de Laurent Tailhade, polémiste anarchiste.
Il écrit au Canard enchaîné à partir de 1931. Il est, à l’époque, rédacteur en chef de l’hebdomadaire d’actualités Tout – Édition Patria.
En 1934, il quitte momentanément Le Canard enchaîné pour Le Merle Blanc où il assure la première critique radiophonique de la presse française sous son nom et sous le pseudonyme de Lucrèce ex-Borgia. Il y publie aussi des poèmes sous le pseudonyme de Trinquemaille. Il collabore également au journal pacifiste La patrie humaine.
De 1937 à 1938, il collabore au Canard Enchainé pour la critique radiophonique et continue sa collaboration au Merle blanc sous la signature de « L’homme masqué ». Au même moment, collaboration au Crapouillot.
Après la mort d’Eugène Merle, il continue sa collaboration au Merle blanc avec Mme Merle, Henri Jeanson et Alexandre Breffort .
On ne retrouve pas sa signature à la Libération. En effet, il est condamné en Belgique à quinze ans de prison pour collaboration à Radio Bruxelles sous l’occupation.
Il reprend sa collaboration au Canard enchaîné dans les années 1950, sous le pseudonyme de Valentine de Coin-Coin pour la rubrique « Le courrier des Canettes » (un pastiche des courriers du cœur du moment que l’on trouvait dans les journaux féminins), qui deviendra au fil du temps une rubrique plus sérieuse exprimant un certain progressisme en matière de mœurs.
En 1953, sous les pseudonymes de « Jérôme Gauthier », d’« Arsène ex-Lupin » et de « Cousin Jérôme », il tient la rubrique « Faits divers » où les trois personnages sont spécialisés dans l’indignation anti-policière, antimilitariste et anti-étatique.
Il assure la critique littéraire sous le nom de « Le cousin Jérôme », la critique radiophonique sous le nom de « René Ferrey » puis de « Clément Ledoux ». Il y écrit des poèmes sous le nom d’« Ange Rétif ».
En 1954, sous le nom de « Clément Ledoux » (et même en 1966, sous celui de « la Doucette Clément »), la critique radiophonique, et à partir de 1965 la critique télévisuelle (La boîte à images).
En 1963, il collabore au Crapouillot.
Il tient des années 1950 à 1970, sous différents pseudonymes, et par des articles d’une grande diversité, une place centrale au Canard enchaîné.
Le , lors de la guerre d’Algérie, il signe un article intitulé « Les fils de généraux ne meurent pas dans leur lit ».
Trois mois plus tard, il fut poursuivi en justice par le ministre des armées Pierre Messmer pour « injures publiques à un corps constitué ». Le , les magistrats déclarèrent Jeanne Maréchal (directeur de publication) coupable d’injures publiques à l’armée et la condamnèrent à 1 000 francs d’amende ainsi qu’aux dépens. Pendant cette période, il fut notoirement hostile à l’OAS.
Pierre Châtelain-Tailhade mourut le 25 mars 1977. Il était le dernier de la rédaction du Canard enchaîné à avoir connu le fondateur Maurice Maréchal.
Clément Ledoux

Vous ne verrez plus la signature de Clément Ledoux dans le Canard à l’enseigne de la télévision. Au bout de 73 ans, son corps s’est excusé. La Doucette est allée rejoindre ses chers OVNI. Sans doute même est-il déjà parti plus loin qu’eux. Il n’a jamais fait les choses à moitié.
La semaine dernière, nous avons reçu, comme d’habitude, sa chronique tracée de sa belle écriture nerveuse. C’est une tradition, en somme, au Canard, de partir la plume à la main : son copain Jeanson a fait de même, et Breffort, et Tréno, et Lebesque. Un dernier mot, une pirouette… Salut.
Il était prêt à traquer longtemps encore, aux étranges lucarnes, les « escobarderies des marchands de bluff À piquer au cul les baudruches de l’actualité. Combien ne se sont jamais remis de ses traits ? Zitrone lui doit ses « yeux de poisson froid ». Léo Ferré demeure ce « joli fier-à-bras dont la tête, aux lucarnes, a l’air d’être brossée par un Daumier blafard qui peindrait au blanc d’œuf ». Pauvre Druon avec qui « la plus badine des histoires de cul devient une solennelle et lente histoire de con » … Il banderillait avec une férocité allègre. Ses phrases nous ont emportés dans leur torrent, semaine après semaine, pendant trente ans et plus. Partout l’émotion. La griffe du vrai talent.(. . .)
Il adorait les militaires aussi : les bons, les vrais ceux qui tuent. Gauthier valut par exemple au Canard d’être, en décembre 1962, emmesmerdé, traîné devant les tribunaux pour avoir traité les as de la torture en Algérie d’« épaisses brutes, consternants imbéciles » et « professionnels du carnage ».
Et puis, il faut aussi faire un aveu. Livrer un secret bien gardé. Valentine de Coin-coin, le courrier des Cannettes, ce parfum espiègle, ces autres combats roses ou graves, libération des femmes, des sexes, et des corps : c’était un avatar de Ledoux encore.
Pourquoi tant de masques ? C’est que l’ami Ledoux était de la lignée des en-dehors, des en-marge, des réfractaires. Il avait le palpitant en soufflet de forge, la rogne toujours prête à démarrer contre la bassesse, et cela lui a valu des ennuis graves. L’aventure, la misère, la taule ont croisé sa route. Pacifiste, il est allé jusqu’au bout, au risque de se faire écraser. En 1924, il a refusé le service militaire. Envoyé au bagne. Biribi. Il s’évade. Condamné par contumace. Il se planque.
L’exil en Belgique. Le pacifisme encore. Trop, au goût de l’Histoire : nouveaux ennuis à la Libération. Minoritaire jusque chez les minoritaires. Seul avec sa conscience fière, cela ne pouvait pas se passer bien.
L’homme planqué derrière ses signatures s’appelait en réalité Pierre Châtelain-Tailhade. Il était le gendre du poète communard Laurent Tailhade. Un paroissien pas facile à débusquer. Écorché vif, grondeur, angoissé, le cœur sur la main, taiseux, rebelle, empanaché de verve, amoureux mille fois, et qui cultivait derrière les murs de sa pudeur, au fond de ses jardins secrets, la fleur bleue. Un poète, un vrai.
L’ami Pierre était le dernier de l’équipe en activité à avoir connu Maurice Maréchal, le fondateur du Canard ; cela faisait de lui une sorte de brontosaure. Un monument. Merde. Il ne confectionnera plus de petits plats pour les copains, avec Yvette, sa fille. Les rabougris de la lucarne peuvent respirer. Il ne leur piquera plus les fesses. Mais il est de trop haute stature pour disparaître vraiment. Yvette, on est de tout cœur avec toi.

BERNARD THOMAS – PUBLIÉ LE 30 MARS 1977

Arsène ex-Lupin 

par Pol Ferjac

Almanach du Canard 1955

Clément Ledoux 

par Pol Ferjac

Almanach du Canard 1955

Valentine de coin-coin 

par Pol Ferjac

Almanach du Canard 1955