Voici André Dahl — André Dahl qui est à peine moins rond que Rodolphe Bringer (je pense à son aspect physique et à l’état dans lequel l’a mis le juliénas). Poète, romancier, revuiste, polémiste, il annonce l’avenir aux enfants de ceux qui sont morts pour la France et pour qu’on ne voie plus ça… « On élargit des routes ? C’est pas pour le tourisme, c’est pour la guerre. On construit des avions pour la guerre, on fait du sport pour la guerre, on amasse de l’or pour la guerre… » Et quand on lui demande, comme à Cassandre, si ça ne le fatigue pas de ne voir et ne prévoir que l’effroyable, il répond, comme Cassandre et avec un sourire qui sait aussi se faire triste, qu’il ne voit rien et ne prévoit rien, qu’il tient seulement compte de la bêtise des hommes…
Jean Egen – Messieurs du Canard – p.75 – Ed Stock –
Il ne nous est pas encore possible de réaliser le douloureux événement qui vient de frapper, une fois de plus, la rédaction du Canard Enchaîné : André Dahl est mort. A l’heure même où nous avions coutume de le voir arriver parmi nous, cordial et souriant, il tombait à son tour, comme notre ami Victor Snell, dix-huit mois auparavant.
André Dahl était venu tout naturellement à nous, dans ce journal sans contraintes, où sa verve, abondante et variée, pouvait se donner libre cours. Romancier, revuiste et poète, mais surtout journaliste d’un talent sans pareil et redoutable polémiste, il s’était imposé dans la presse, à la place même qu’il avait choisie, au premier plan.
Il avait l’esprit le plus aigu à la fois et le plus ample, un amour absolu de son métier qui le portait à écrire sans trêve ni relâche, n’abandonnant un article que pour un couplet de revue, avec toujours au bout de sa plume, le filon. Il avait une invention prodigieuse et un talent toujours en ébullition. Mais il en abusait.
Nous présentons à Mme André Dahl, en notre nom et au nom de nos lecteurs, l’hommage de notre respectueuse amitié.
Le CE du 14 septembre 1932