Roland Bacri, né le 1er avril 1926 à Bab El-Oued (le quartier populaire européen d’Alger sous la colonisation française) et mort le 24 mai 2014 à Levallois-Perret, en France, est un humoriste français.
Dans le contexte de la guerre d’Algérie, mention spéciale doit être faite de Roland Bacri, en sa qualité d’authentique pied-noir important dans le Canard parisien un peu de l’accent de Bab-el-Oued. Né en 1926 à Alger, il fit ses premières armes de journaliste au Canard sauvage de Bernard Lecache, à Alger. En 1953, il envoya un poème au Canard enchaîné, qui le publia – Édition du 11 novembre 1953 –. Une relation épistolaire s’établit alors entre le jeune journaliste et Tréno, qui dura trois ans. En 1956, le rédacteur en chef du Canard enchaîné convia Roland Bacri à Paris pour une collaboration régulière.
Le pseudonyme « Roro de Babel-Oued» (ainsi que «Le petit poète») apparut alors toutes les semaines, signant des textes qui se signalaient surtout par l’emploi de l’argot algérois – le pataouète -. La chronique de «Roro» ne s’engagea jamais vraiment en faveur d’aucune communauté mais eut le mérite de corriger, par sa seule présence, ce que l’analyse de la situation algérienne par le journal, en particulier de l’attitude des pieds-noirs, pouvait parfois avoir d’univoque. (1)
Mon père et le « Canard », c’est une longue histoire. Il y a d’abord eu sa collaboration au journal « Le Canard sauvage » à Alger, dont je ne sais rien sinon qu’elle a existé , puis sa résolution personnelle, qu’il m’a si souvent racontée et que j’ai retrouvée dans une interview conservée aux archives de l’INA : « J’m’étais toujours dit, si à trente ans t’y es pas rentré au Canard Enchaîné, t’y es un con. Et le jour de mes trente ans, 1er avril 1956, j’étais au Canard Enchaîné ». Mon père et le Canard, c’est l’histoire d’un destin. (2)
Le Petit Poète – « ALLEZ va, pleurez pas ! » petit poète, oui, « celui-là du « Canard » », ne rimaillera plus le pataouète, ce bel argot d’Alger qu’il maîtrisait comme un agrégé. Roro de Bab-el-Oued, de son vrai nom Roland Bacri, est mort samedi 24 mai à Paris, dans son lit. Un lieu bien choisi pour celui qui, de son très imitable accent, aimait discuter des mérites comparés de la sieste d’un côté et de l’autre de la Méditerranée. « Not’ sieste à nous et vot’ sieste à vous, excuse-moi, mon tonton, c’est le jour et la nuit. »
Au « Canard », il appelait tout le monde « mon tonton ». « Viens déjeuner, mon tonton. On prend un couscous et on rigole », et il aimait aussi qu’on l’appelle ainsi. Il avait 88 ans et était entré au « Canard » en 1953, en adressant des poèmes par courrier.
Il a vite abandonné la banque, qui était son métier, pour devenir petit poète et grand chroniqueur. Il a quitté « Le Canard » à la fin des années 90. On lui doit une bonne vingtaine d’ouvrages, dont « Le beau temps perdu, Bab-el-Oued retrouvé », qui fait actuellement l’objet d’une adaptation au cinéma par Guy Bedos.
« La vie, on est toujours contre elle, et, quand elle nous quitte, on râle », disait-il souvent. Il a dit « merde » en voyant la sienne s’éloigner, et n’aurait pas aimé qu’on pleure. Il avait prévu le coup depuis 35 ans, dans ses « Pensées », où il écrivait : « Vous me verrez mourir de rire dans un dernier hoquet, et puis vous présenterez à ma famille vos plus sincères gondoléances. »
Oilà qui est fait, mon Tonton ! (3)
Son frère Jean-Claude, surnommé Jean Claudric, est l’ami et chef d’orchestre d’Enrico Macias, pour qui il composa Les Filles de mon pays et Les Gens du Nord.
Son épitaphe sera : « Ici git suis. Ici git reste. » Il repose au cimetière de Levallois-Perret. (4)